Un matin cotonneux où je cogite face à une bougie allumée dans le silence de fin d’année. Je rentre d’une balade urbaine dans le brouillard, une heure d’aspirateurs à feuilles mortes et de cisailles à haies maniés par des jardiniers au visage enfoui sous leurs visière et protections pour les oreilles. Subir du bruit au nom du propre en ordre, nous connaissons tous le diktat auquel on s’expose en se promenant dans nos espaces verts.
En voiture au centre-ville, l’agression sonore peut devenir personnelle, directe, menaçante parfois. Ainsi, pour peu que vous vous attardiez sur une place de parc dans votre véhicule, vous vous exposez à différents types d’insultes. J’ai vécu le chauffeur énervé qui, après m’avoir éraflé l’aile, m’a asséné un « espèce de Mongole » furibond parce que ma Mini n’était pas parquée tout à fait dans les lignes. Ou encore l’impatient qui, ne trouvant pas où garer son 4×4 le temps d’un rendez-vous chez le dentiste ou avec sa maîtresse (ça se dit encore, « maîtresse » ?), m’a lancé des noms d’oiseaux à travers la vitre.
Je cogite donc face à ma bougie, pourquoi tant de bruit et de fureur. Mais aussi pourquoi, dans la crise sanitaire qui nous agite, ceux qui nous gouvernent et sont censés nous protéger parlent-ils si bas. Oui, qu’ils et elles soient conseiller d’État, directeur d’hôpital, médecin cantonal, épidémiologiste, toutes et tous soupèsent le moindre adjectif et musclent leur sourire à chaque intervention. Plus personne ne tonne contre les morts solitaires en EMS, et personne n’a fustigé les queues d’inconscients qui se bousculaient au Black Friday. Même notre cher Didier Pittet qui dit quand même les choses – « la Suisse gère mal » – garde une mesure polie qui semble d’un autre temps.
Alors à quand un édile pour donner de la voix ou même gueuler face au réel ? Hausser le ton pour faire comprendre que les reconversions professionnelles vont être inévitables, que les canons à neige et les week-ends aux Maldives, c’est bientôt du passé. Je passe mon temps à me protéger des agressions sonores au quotidien mais appelle de mes vœux une voix vigoureuse qui nous fasse sursauter par la hardiesse de ses propositions.

