Recherche toubib désespérément

La santé de la population suisse palpite au cœur des préoccupations de nos autorités politiques et médicales depuis bientôt deux ans, nous le savons toutes et tous. Mobilisation sanitaire nécessaire pour les uns, agitation inutile voire abusive pour les autres. Le résultat des votations sur l’initiative « pour des soins infirmiers forts » et sur la loi Covid sera un bon indicateur du taux de reconnaissance de la population pour cet engagement.

Et si nous devions nous prononcer de manière collective sur un autre aspect de la santé, à savoir l’accès aux médecins de famille, aux généralistes ? Le résultat serait sans doute très mitigé. Beaucoup l’ont constaté à leurs dépens, réussir à être admis dans la patientèle d’un praticien expérimenté tient du miracle dans le canton de Vaud ! Et pourtant, avoir accès facilement à un médecin de « premier recours » qui connaisse notre dossier, n’est-ce pas une attente légitime dans un pays doté d’un excellent système de santé ?

Reprenons le fil. Le généraliste qui s’occupe de vous depuis vingt ans, à qui vous vous êtes confié.e corps et âme dans le cocon de son cabinet, prend sa retraite. Ou alors vous débarquez de l’étranger, revenez d’un autre canton et tentez d’obtenir un premier rendez-vous. Vous disposez d’une liste d’excellents praticiens, en médecine interne aussi. Autant de médecins jeunes ou moins jeunes que l’on vous a recommandés. Mais même si certains amis ont pris la peine d’appeler pour vous un confrère, le réseau ne suffit plus. Lorsqu’enfin le secrétariat d’un cabinet répond à votre coup de fil, vous essuyez un refus poli mais catégorique : « nous ne prenons pas de nouveaux patients ». Au mieux, la secrétaire ajoutera « rappelez dans six mois ». Six mois plus tard, la réponse n’a pas changé et vous vous dites « est-ce que je joue de malchance ? ».

C’est que nous sommes en fait en quête d’un oiseau qui semble rare, un médecin compétent, présent et qui sache nous rassurer. S’obstiner à suivre son feeling et continuer à chercher tient aujourd’hui de la quête du Graal.

Bien sûr de jeunes généralistes s’installent à Yverdon comme à Lausanne, sans doute dans d’autres régions aussi. Tous constatent que leur patientèle se met en place en un temps record. Des familles entières déboulent dans leur salle d’attente avec un ouf de soulagement. Mais il y a un hic : ces praticien.e.s ne travaillent bien souvent pas à plein temps. La formule pratique du cabinet de groupe leur permet de n’être présent.e.s qu’à temps très partiel. Tomber sur la même oreille attentive lors de chaque consultation est donc loin d’être garanti.

Second hic d’actualité en ce début de l’hiver, se faire administrer un simple vaccin contre la grippe n’est plus acquis dans tous les cabinets de généralistes. Il faut se rendre en pharmacie et affronter le questionnaire long de quatre pages qu’une employée vous tend en vous sondant d’un œil inquiet « Vous êtes sûr que vous allez assez bien pour vous faire vacciner ? ».

Ne plus disposer d’un interlocuteur médical aussi stable et disponible que par le passé n’est sans doute pas un problème pour les jeunes générations bien portantes. Mais cela peut être un tantinet angoissant pour des patients fragiles, des seniors inquiets pour leur santé. Tarmed a mis un terme aux longues discussions amicales dans les fauteuils du cabinet et les visites à domicile semblent un lointain souvenir. Alors comment conjuguer la flexibilité contemporaine du temps de travail du généraliste, l’éventail des actes médicaux peu onéreux qu’il accepte de dispenser, et le besoin de sécurité ressenti par bon nombre de patients, âgés ou non ? Beau sujet de réflexion qui nous concerne toutes et tous.

06/11/2021